Mesures Sécheresse : Comment les maraîchers économisent l’eau ?
Le début de l'été 2010 est marqué par une pluviométrie déficiente et des températures élevées. L'impact sur les cours d'eau est important et certains débits sont passés sous les seuils critiques. Ainsi la préfecture de Loire-Atlantique a déclenché des mesures sécheresse visant à limiter, voire interdire, les prélèvements dans les cours d'eau dans les zones les plus touchées.
Pour faire face à ces mesures, les maraîchers nantais ont, depuis plusieurs dizaines d'années, engagé une forte réflexion sur la modernisation de leur matériel d'irrigation associée à des moyens de prélèvements d'eau plus économes.
En ce qui concerne l'irrigation, les maraîchers nantais furent les premiers à généraliser le quadrillage. Le quadrillage consiste à disposer à intervalle régulier des micro-asperseurs, utilisant des débits plus faibles que les gros canons asperseurs. Ainsi les maraîchers ont pu affiner leurs consommations grâce à une meilleure répartition et grâce à un fractionnement plus important. De plus, ils ont pu réduire les effets négatifs liés à la battance, provoquée par des débits et des puissances trop importantes.
Associé au quadrillage, l'automatisation fut également une étape importante dans la modernisation de l'irrigation. Grâce à des électrovannes et des programmateurs, il est dorénavant possible d'arroser la nuit et/ou de déterminer le temps d'arrosage. Il s'agit aujourd'hui d'un outil quasi-indispensable pour une bonne maîtrise de l'irrigation.
Plus récemment, les producteurs de poireau se sont inspirés des cultures hors-sol sous serres verres pour améliorer leur irrigation. En effet, les cultures hors-sol utilisent depuis de nombreuses années du matériel de haute technologie. L'arrosage se fait grâce à des capillaires plantés au pied de chaque plante. L'apport d'eau est optimal et parfaitement maîtrisé. Ce système de goutte à goutte a été reproduit pour les cultures extérieures de poireau primeur. Les micro-asperseurs laissent place à des gaines de goutte à goutte qui apportent l'eau directement au pied des plantes. Le recul est encore insuffisant pour dire si cette technique est efficace lorsqu'elle est appliquée au plein champ. Cependant, les paramètres entraînant une évapotranspiration importante étant minimisés, il est permis d'attendre des résultats positifs en termes d'économie d'eau. Certains producteurs ont fait le choix de partir à 100 % en goutte à goutte et constatent une économie de près de 50 % en période de sécheresse.
Toutes ces innovations répondent à une préoccupation historique des maraîchers nantais : « Apporter la bonne quantité d'eau au bon moment » ; ceci dans l'objectif d'améliorer la qualité et la fraicheur de leurs cultures primeurs mais aussi de réaliser des économies d'eau.
Les maraîchers nantais se sont également vite adaptés au besoin de minimiser les prélèvements dans le milieu naturel. Ayant des cultures couvertes, certaines en permanence, les exploitants ont naturellement installés des bassins afin de récupérer l'eau pluviale. En plus de tamponner les eaux en cas d'orage, ces bassins sont des réserves idéales en cas de sécheresse. Les maraîchers peuvent ainsi poursuivre leurs irrigations sans pour autant prélever dans le milieu naturel.
Innovation invisible mais tout aussi efficace, la gestion collective de l'eau a été mise en place il y a près d'un demi siècle. La vallée maraîchère concentre un nombre élevé d'exploitations maraîchères et elles profitent toutes de la Loire. Pour éviter la multitude de points de prélèvement et de création de bassin de stockage, les maraîchers se sont associés pour mettre en place un prélèvement et une distribution collective de l'eau de la Loire. Tout comme pour l'eau potable, la « vallée maraîchère » est constituée d'un réseau d'eau brute issue de la Loire utilisée pour l'irrigation.
Il apparaît ainsi que grâce à toutes ces évolutions, la quantité d'eau utilisée à l'hectare a été fortement diminuée tout en améliorant la qualité.